à propos

Je construis un travail de dessin qui entame la surface.
Qu’il s’agisse de gratter derrière un miroir ancien ou d’inciser le papier, l’objectif est de rendre visible une matière et d’en produire un autre espace. C’est une pellicule qui s’effrite, une protection qui s’efface, une peau qui se gonfle et donc une sensation qui est suggérée. J’interroge la mémoire des textures et du motif, le rythme, la pulsation, la répétition, et laisse ainsi mes compositions se créer, par un lent déphasage.

La pratique du dessin longue et méditative permet, dans sa belle ambivalence, de composer des espaces très dynamiques. L’agitation prend forme à partir d’un geste lent. Les outils sont la conséquence de cette lenteur: rotring, travail à la plume, au feutre de calligraphie, au scalpel. Tous ces instruments impactent le travail par l’exiguïté de leurs empreintes. Alors, pour que ces marques deviennent marquantes, je les accumulent, fusionne, tisse et brode sur papier. En les densifiant, cela devient de la peau, une texture, un élément, une superficie.

Du réel, il en reste l’idée. Dans mes dessins, rien n’est vrai. Aucune perspective, aucun horizon n’existe, et pourtant, ils sont composés de paysages vus, observés, vécus.
«Ses compositions tourbillonnantes dépeignent une nature insaisissable, composée non de solides arbres, de montagnes ou de lacs mais de milliers de fragments composites, comme les éclats d’un miroir brisé qui reflètent chacun à leur manière leur environnement. On ne s’étonnera guère de retrouver dans le travail d’Angèle Guerre des dessins associés à des miroirs dont la matière même qui sert à refléter le réel a été grattée au scalpel. Dans ces miroirs anciens au mercure, le tain a subi un long processus d’oxydation, de piquetages dus au temps, venant répondre aux minutieux paysages et aux brumes mouchetées qui parfois les enveloppent.» (C.Paulhan)

Dans le travail avec le scalpel, c’est un autre mécanisme qui se met en place : celui de reproduire instinctivement des gestes immémoriaux. C’est la peau d’une bête tendue qu’on dépèce, qu’on met en pièce. Tailler, couper dans la masse, piquer, ce sont aussi des gestes de couturière, de relieur ou de boucher : un travail de manutention précis, celui de l’écrivain aussi.
Le dessin s'aborde comme un artisanat où s’invente une écriture.

 

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